Raccourcis

Son histoire


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sommaireDes Romains aux Mérovingiens

Ancien domaine du fisc de l'Empire romain, la région du sud-est de l'Oise passa aux mains des souverains mérovingiens, qui y établirent palais et résidences de chasse, notamment à Compiègne, Nanteuil, Montmacq, Verberie, Choisy-au-Bac, Creil et Ver-sur-l'Aunette.

sommaireDe l'époque mérovingienne au XIIe siècle

Le nom Cadolaicus apparaît dans divers documents de cette époque, dont un jugement royal de 710 par lequel l’abbaye de Saint-Denis, après revendication à l’encontre du maire du Palais, obtient le moulin de Chaalis comme dépendance de la partie d’un domaine qui lui avait été donné.

sommaireLe XIIe siècle

Du premier prieuré, d’abord bénédictin, puis cistercien, à l’abbaye royale de Chaalis (1137)

Il est de nouveau question de Chaalis au début du XIIe siècle. En effet, lorsque le seigneur de Mello, au retour de la première croisade, fonda sur sa terre un prieuré, Chaalis se trouva dans les dépendances de celui-ci, sous l’autorité de la grande abbaye bénédictine bourguignonne de Vézelay. En 1127, Vézelay accepta de renoncer à la "cella" de Chaalis en faveur de la nouvelle abbaye cistercienne de Pontigny. Le roi Louis VI, désirant commémorer la mémoire de son cousin Charles le Bon, comte de Flandre, assassiné en 1127, exprima sa volonté d’y établir une abbaye cistercienne par une charte de création du 10 janvier 1137 et lui conféra divers biens.

Son fils Louis VII confirma en 1138 cette fondation et les droits de l'abbaye sur les nombreux biens qui lui furent donnés notamment par l’évêque de Senlis.

Favorisée par les évêques de cette ville, l’abbaye de Chaalis (désormais dite Caroli Locus, c’est-à-dire "monastère de Charles") prospéra très vite, établissant des "granges" – centres d’exploitation agricole, et parfois viticole – en une vingtaine de lieux. Certaines de ces granges – notamment à Fourcheret et Vaulerent – subsistent en bon état. L’abbaye possédait également à Senlis, à Lagny, à Beauvais et à Paris des hôtels, dont certaines parties existent encore.

sommaireLe XIIIe siècle

Une nouvelle église abbatiale, de style gothique, est en construction dès 1202. En 1219, la dédicace à Notre-Dame en est faite solennellement par l’évêque de Senlis, frère Guérin, un des principaux conseillers de Philippe Auguste et son garde des Sceaux. Frère Guérin se fit inhumer dans cette abbatiale qui, avec ses 90 mètres de longueur et ses 40 mètres de largeur, est une des plus grandes églises cisterciennes du royaume.

Cet édifice est formé d’un porche, d’une nef flanquée de bas-côtés, d’un large transept avec des croisillons de forme arrondie sur lesquels s’ouvrent des chapelles dont certaines sont construites sur un plan hexagonal.

C’est dans ces chapelles du transept et dans les enfeus établis autour du sanctuaire que furent par la suite transférées les dépouilles de treize des évêques de Senlis, dont certains avaient aussi été abbés de Chaalis. La nef, très élevée et éclairée par de vastes fenêtres à baies géminées, fut couverte de voûtes sexpartites reposant donc sur des piles alternativement fortes et faibles. Sur le côté nord de l’abbatiale s’appuyait le cloître – détruit au milieu du XVIIIe siècle. Aussi est-ce seulement sur le bas-côté sud de la nef que furent élevées des chapelles latérales.

Sur les galeries des deux ailes du cloître, ainsi que sur celle qui en formait le fond, s’ouvraient, comme dans les autres abbayes, des salles aujourd’hui disparues, à l’exception de la première, la sacristie, qui subsiste.

On voit encore, contre l’église, les restes du dortoir des moines, auquel donnait accès un large escalier, en partie conservé, qui prenait naissance dans une des chapelles du croisillon nord.

Près de la sacristie, une galerie voûtée conduisait derrière l’abside vers un deuxième cloître – une cour bordée de portiques ouverts – au fond duquel étaient l’hôtel abbatial et la chapelle de l’abbé, très proche par son style des "saintes chapelles" élevées en ce temps. Saint Louis lui-même ne fut sans doute pas étranger à la construction dans les années 1250 de cet ensemble, car nous savons par les biographes du roi qu’il se rendit à diverses reprises à Chaalis et qu’il entendait, lors de ses séjours, y mener la vie d'un simple moine.

Le souvenir du passage de Saint Louis demeura si vif dans l’abbaye qu’un siècle plus tard encore, le moine Guillaume de Digulleville, poète fameux du Pèlerinage de vie humaine, commençait une de ses œuvres par le récit d’un songe qu’il eut "au monastère de Chaalis, qui fut fondé par Saint Louis", ce qui est évidemment exagéré. La chapelle demeure pratiquement intacte, compte tenu des ajouts qui lui furent apportés dans le style néogothique, pendant le troisième quart du XIXe siècle, par l’architecte Corroyer et des sculpteurs travaillant dans le cercle de Viollet-le-Duc (la galerie fleurdelisée de la façade, l’escalier latéral et, surtout, les exubérantes gargouilles en surplomb).

sommaireLe XIVe siècle

Dès sa fondation, l’abbaye connut une grande renommée, due en large partie à la qualité de ses prieurs ou abbés. Guillaume du Donjeon, élu archevêque de Bourges, mort en 1200 et canonisé dès 1218, fut un des premiers saints de l’ordre de Cîteaux.

Mais c’est au cours du XIVe siècle que le monastère connut, semble-t-il, sa plus grande splendeur. On possède un témoignage remarquable de ce temps dans une lettre d'un des maîtres du préhumanisme français, Jean de Montreuil, notaire et secrétaire du roi, dont l’enthousiasme est particulièrement vif. "L’abbaye de Chaalis, écrit-il, est une espèce de paradis terrestre habité par des saints. Elle est entourée de fontaines, de ruisseaux et de petits torrents dont l’eau, qui est très claire, coule avec un doux murmure… On y voit dix grands étangs d’un très bon revenu, remplis d’un nombre infini de poissons d’un goût si exquis que je ne crois pas en avoir jamais mangé de meilleurs". Il en célèbre aussi "les belles forêts qui nourrissent une quantité de sangliers, de cerfs, de lièvres et de lapins qui sortent en foule de leurs terriers". L’abbaye est alors entourée de fossés et de murs. Un portique s’ouvre sur l’église et l’auteur déclare que l’intérieur dépasse par sa beauté et sa clarté toutes celles qu’il a vues ailleurs : elle compte alors vingt-cinq chapelles.

Près de la chapelle abbatiale se dresse une statue de la Vierge digne des plus grands chefs-d’œuvre. Le réfectoire, de près de 55 mètres de longueur, occupe toute une aile du cloître. Les hôtelleries magnifiques y reçoivent les étrangers. Quant à l’hôtel abbatial, Montreuil dit que s’il en faisait la description, on s’imaginerait voir le palais de quelque prince de sang royal ; le lieu est si propice à l’étude qu’on pourrait croire que les muses y ont fixé leur demeure et y ont à plusieurs reprises tenu leur assemblée. De fait, nous connaissons les noms de divers poètes, théologiens et autres écrivains qui y rédigèrent des œuvres fort diverses, lesquelles nous sont d’ailleurs parvenues. Jean de Montreuil vante encore les vergers, les ruches, les viviers de poissons, le nombre des moulins, les uns à blé (dont l’un peut jeter à la fois trois sortes différentes de farine), les autres à fouler le drap, à tanner, à faire de l’huile ou encore de la moutarde, et même à fendre le bois de charpente. La bibliothèque est d’une richesse extraordinaire, ainsi que les ornements liturgiques et les vases sacrés. Comme son aïeul Saint Louis au siècle précédent, le roi Charles V s’y rendait souvent.

Dès le milieu ou la seconde moitié du XIVe siècle, le monastère commença à connaître les effets de la crise générale qui sévissait alors dans le royaume et une large partie de l’Europe, au temps de la grande peste de 1348 et de celles qui suivirent, dont la guerre de Cent Ans et la crise morale à l’époque du Grand Schisme aggravèrent les effets. La population monastique diminua de façon considérable. Le temporel cessa de s’accroître et, pour l’exploitation des terres, le système du fermage remplaça celui du faire-valoir en vigueur jusqu’alors.

sommaireLe XVIe siècle

Mise en commende en 1541, l’abbaye fut l’objet des soins de son abbé, le futur cardinal de Ferrare, Hippolyte d’Este, fils de Lucrèce Borgia et cousin de François Ier. Surtout réputé comme créateur des jardins de la villa d’Este à Tivoli, il confia à l’architecte Sebastiano Serlio, mort à Fontainebleau en 1554, la construction du mur du jardin italien (aujourd’hui la roseraie), avec un portail à ses armes.

On doit aussi au cardinal d'Este les fresques (vers 1543-1545) de Primatice (1504-1570) dans la chapelle Sainte-Marie construite vers 1250. Ce magnifique exemple de l’art de la Renaissance a retrouvé tout son éclat grâce à une importante campagne de restauration placée sous l’autorité de M. Jean-Pierre Babelon, président de la Fondation Jacquemart-André et conservateur de l’abbaye royale de Chaalis, et menée sous la conduite de M. Étienne Poncelet, architecte en chef des Monuments historiques, avec l’entreprise ARCOA, de novembre 2005 à septembre 2006.

Cette campagne, d'un montant de 870 000 euros, a bénéficié du concours de la DRAC Picardie, maître d’ouvrage du chantier, du soutien des assurances Groupe Generali et du World Monuments Fund® - Robert W. Wilson Challenge to Conserve Our Heritage.

Cet ensemble décoratif de Francesco Primaticcio constitue une des rares interventions connues dans le domaine de la peinture religieuse – le seul conservé en France –, de ce grand artiste qui fut le successeur du maître de la Première École de Fontainebleau, Rosso Fiorentino.

sommaireLe XVIIIe siècle

De 1733 à 1747, un nouvel abbé commendataire, Louis de Clermont, petit-fils du Grand Condé, fait décorer le chœur d’un nouvel autel et d'un ensemble de stalles (aujourd’hui dans l’église de Baron), œuvre des grands sculpteurs qu’étaient les frères Slodtz. Puis, plutôt que de rénover les bâtiments conventuels existants, il décida leur reconstruction et confia en 1739 les plans d’un nouveau et vaste cloître à Jean Aubert, architecte des Grandes Écuries de Chantilly. L’ancien cloître fut démoli et on commença par édifier une nouvelle aile nord, le château-musée actuel, ainsi que les pavillons flanquant une grille d’entrée. Mais l’énormité des dépenses ruina l’abbaye, qui ne put poursuivre les travaux. La plupart de ses biens furent mis à l'encan et les moines dispersés. L’abbaye ayant été vendue comme bien national en 1793, l’église – déjà en fort mauvais état –, fut en grande partie abattue par son acquéreur, qui fit sa demeure de la seule aile construite du futur cloître.

sommaireLe XIXe siècle

En 1851, Madame de Vatry devint propriétaire du domaine. Elle décida d’entreprendre de considérables travaux de restauration et de remise en état des constructions. Toutefois, elle fit démolir les communs vétustes qui s’étendaient entre l’entrée du domaine et les ruines de l’abbatiale. Le domaine passa ensuite, par héritage, au prince Murat, qui apporta certaines modifications au parc. Nélie Jacquemart, veuve du banquier Édouard André, acheta Chaalis en 1902 pour abriter les collections de toute nature qu’elle ne cessait de rapporter de ses innombrables voyages en Italie, en Orient et en Égypte. Le magnifique hôtel que son mari, richissime collectionneur, avait fait construire à Paris, boulevard Haussmann, ne suffisait plus à contenir toutes ces merveilles. Elle mourut en mai 1912. Elle avait légué à l’Institut de France, avec l’ensemble de ses collections, l’hôtel particulier du boulevard Haussmann et le domaine de Chaalis, comprenant des bois, des étangs et le "désert" d’Ermenonville.

sommaireLa collection Jean-Jacques Rousseau

Les collections de ce qui devint dès lors le musée Jacquemart-André de Chaalis s’enrichirent en 1923 par la vente que fit à l’Institut de France l’héritier du marquis de Girardin. Elle comprenait la collection que le marquis avait réunie autour de la personnalité de Jean-Jacques Rousseau après avoir donné asile à l'écrivain à Ermenonville, où il vécut ses dernières semaines.

C’est naturellement que cette collection trouve sa place à Chaalis, puisque la partie du "désert " où se trouve la fameuse "cabane de Jean-Jacques" est située sur le domaine.

Les descendants du marquis de Girardin avaient poursuivi son œuvre en rassemblant différents souvenirs personnels de Rousseau, des manuscrits musicaux autographes, une masse de documents concernant ses œuvres et, bien entendu, une iconographie aussi complète que possible.

Aussi, à côté des très riches collections du musée, une galerie est-elle consacrée à Jean-Jacques Rousseau, à sa personne, à son œuvre et au culte dont il fut l’objet. Cette collection de plusieurs centaines de pièces rares comprend en outre quelques planches botaniques dues au philosophe.
Un cédérom sur Jean-Jacques Rousseau est disponible.

Abbaye royale de Chaalis
60300 Fontaine-Chaalis
03 44 54 04 02
www.journees-de-la-rose.com

www.chaalis.fr