Raccourcis

Acquisition par l'Institut de France d'un manuscrit de Chateaubriand


En janvier 2014, l’Institut de France a fait l’acquisition de ce précieux manuscrit lors d’une vente aux enchères, grâce à la générosité de M. Jean Bonna, correspondant de l’Académie des beaux-arts. Mécène et bibliophile avisé, M. Jean Bonna avait déjà fait don en 2011 d’une lettre de Descartes appartenant à un lot dérobé à l’Institut de France au XIXe siècle.

Chateaubriand au secours de l’Institut dans la tourmente de la Restauration

Le 20 février 1816, Chateaubriand publie anonymement, dans le Journal des Débats, un article signé Z qui est repris sous le titre "Lettre sur l’Institut par le vicomte de Chateaubriand" dans L’Ambigu du 10 mars 1816. Ce journal, imprimé à Londres, a pour rédacteur le publiciste contre-révolutionnaire Jean Gabriel Peltier (1760-1825), un ancien ami de Chateaubriand, rencontré en 1793, qui l’avait aidé à faire paraître son premier ouvrage Essai historique, politique et moral, sur les révolutions anciennes et modernes, considérées dans leurs rapports avec la Révolution françoise (1797).

En dépit de son titre, cet article, rédigé dans une période trouble, au lendemain de l’élection de la Chambre introuvable, s’inscrit sur le mode mineur parmi les écrits politiques de son auteur, se situant entre les Réflexions politiques de 1814 et De la Monarchie selon la Charte de l’été 1816.

Il est possible que Louis XVIII ait lu et en partie approuvé la "lettre sur l’Institut" puisque l’ordonnance du 21 mars rendait le titre d’Académie aux quatre classes "afin de rattacher leur gloire passée à celles qu’elles ont acquises".

Rappelons que Chateaubriand aurait aimé se voir attribuer un ministère des Cultes associé non point à l’Instruction publique, mais aux Beaux-Arts.

Un projet revu à sa publication

C’est Fontanes, à qui Chateaubriand avait coutume de faire relire ses écrits, qui  conserva ce manuscrit, incomplet des trois premiers feuillets.

Il s’agit bien du brouillon du texte publié dans le Journal des Débats et que Peltier reprit presque tel quel dans l’Ambigu avec quelques corrections d’orthographe, d’accentuation et de ponctuation, le remplacement de "Mr" par "Mr le Rédacteur" et une seule suppression importante, celle de l’adverbe "humblement" dans "je supplierai humblement S. M., au nom des Beaux-Arts de placer sa statue au milieu de la cour du Louvre", phrase qui justement ne figure pas dans le manuscrit.

Sur la copie manuscrite en revanche, les corrections de Chateaubriand, variantes, suppressions et ajouts sont nombreuses et significatives. Il s’agit à l’évidence d’un premier jet : de nombreux passages ont été biffés, d’autres ont été développés ou rajoutés.

L’embarras de Chateaubriand dans la première partie du texte, où il préconise la tolérance et le respect dû aux idées des Lumières, se manifeste par des ratures épaisses, des repentirs et des additions interlinéaires. Il en est de même dans le passage concernant la nécessité d’une épuration administrative (on sait que son opposition à Fouché lui valut de revenir bredouille de Gand).

Chateaubriand ajoute in extremis dans la version imprimée le projet courtisan d’ériger une statue de Louis XVIII  au milieu de la cour du Louvre, demande faite, écrit-il, "au nom des Beaux-Arts".

Emporté par l’enthousiasme, Chateaubriand affirme vouloir "faire tomber l’ordre de l’Éteignoir pour y substituer celui du Flambeau", une double référence au journal satirique libéral Le Nain Jaune et au "philosophe inconnu" Claude de Saint-Martin. Bien plus, il se déclare prêt à donner sa démission de ministre d’État « pour arranger tous les partis ». Cette ultime et prémonitoire provocation, non raturée dans le manuscrit, fut éliminée à l’impression, peut-être grâce au prudent Fontanes.

Dans le chapitre où Chateaubriand incite les dévots à la modération (feuillets 5 et 6), le manuscrit présente une ligne qui a été biffée : elle évoque la nécessité d’une attitude irénique sinon tolérante "pour avoir le droit d’exécuter des lois sévères, de comprimer pendant quelque temps la pensée". Avant d’éliminer complètement cette phrase, il avait prudemment raturé "pendant quelque temps".

Autre suppression plus mineure mais tout aussi diplomatique : la critique de "l’habit noir brodé de vert dont ils sont grotesquement affublés" auquel il préfère la robe plus modeste des savants mauristes.

Le manuscrit de la "Lettre sur l’Institut" présente beaucoup plus de variantes que celui du Discours de réception de 1811, acquis par la Bibliothèque de l’Institut de France en 1995. Ces ajouts, repentirs ou suppressions, par leur nombre et leur richesse, ne manqueront pas de retenir l’intérêt des chercheurs, des historiens comme des spécialistes de Chateaubriand.

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Pour tout renseignement, écrire à Mme Françoise Bérard, conservateur général, directeur de la bibliothèque.

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