Raccourcis

Les académies


Vous êtes ici
Sommaire

Dessin aquarellé du Palais de l'Institut par Guy Nicot (1933-2002), correspondant de l'Académie des beaux-artsLes membres de l’Institut - académiciens - travaillent au 23 quai de Conti, dans le palais de l’Institut, qui ne se réduit pas à la célèbre Coupole faisant face au Louvre, de l’autre côté du pont des Arts.

Les quelques extraits de L’Institut de France, le parlement des savants qui suivent permettront de mieux comprendre les rites et les mythes de cette institution qui a célébré son bicentenaire en 1995 (certaines informations ont été actualisées).

Extraits de L’Institut de France, le parlement des savants, Antoine Marès, collection découvertes, Gallimard, Paris, 1995. Chap. IV - Des rites... et des mythes, pp. 53 à 67.

sommaireRéception sous la Coupole

Réception d'Ernest Renan à l'Académie française (3 avril 1879), Henri BrispotSeules l’Académie française, l’Académie des sciences et l’Académie des beaux-arts reçoivent leurs nouveaux élus sous la Coupole (l’Académie des sciences morales et politiques – qui ne le fait que pour ses associés étrangers – et l’Académie des inscriptions et belles lettres ont leur propre cérémonial). C’est la dernière ligne droite de cette course de fond commencée parfois des décennies plus tôt et dont le franchissement de la ligne d’arrivée est récompensé par la participation aux travaux de l’Académie.

Quand il fut question, après la Seconde Guerre mondiale, d’"interrompre une tradition vieille d’un siècle et demi, de renoncer aux séances bruissantes sous la Coupole, échanger ce décor unique en son genre et pittoresque dans sa gravité, contre un décor banal, la plupart, sinon la totalité des membres de l’Institut, refusèrent de s’y résigner". La Coupole était devenue une sorte de "Sacré Collège de la raison", consubstantiel à la vie académique.

La réception des nouveaux membres revêt des modalités différentes selon les Académies.

À l’Académie française, une tradition qui remonte au XVIIe siècle veut que le nouvel élu fasse l’éloge de son prédécesseur et que le directeur en fonction à la mort de ce dernier lui réponde ; les deux allocutions ont été au préalable "auditionnées" par une commission restreinte. La Bruyère au XVIIe siècle, Buffon au XVIIIe ont illustré le genre du remerciement, même si l’un des plus célèbres fut celui du duc de Coislin, âgé de seize ans, et imposé à la Compagnie par son grand-père le chancelier Séguier : fameux par sa brièveté, en six phrases et vingt lignes. Au XIXe siècle, l’éloge du prédécesseur reprit ses forces. La politique pénètre parfois aussi sous la Coupole comme lors du dialogue entre Montalembert et Guizot en 1852, ou lorsque Poincaré reçut Foch le 5 février 1920, ou encore quand André François-Poncet, réussit, en 1952, à évoquer la carrière du maréchal Pétain en évitant les pièges de ce délicat "éloge". Une des difficultés majeures tient à l’hétérogénéité des carrières. Un écrivain peut succéder à un biologiste, un homme politique à un physicien, un athée militant à un ecclésiastique. L’exercice relève parfois de la haute voltige, sinon de la corvée.

Il en est un peu de même à l’Académie des sciences morales et politiques. En ce qui concerne l’Académie des beaux-arts, la Coupole accueille les nouveaux élus depuis 1976.

À l’Académie des sciences, les réceptions sont groupées, tous les trois ans.

Quant à l’Académie des sciences morales et politiques, elle reçoit seulement les grandes personnalités étrangères sous la Coupole : ce fut récemment le cas pour le président des États-Unis Ronald Reagan, le prince Charles d’Angleterre, le roi d’Espagne Juan Carlos, le président tchèque Václav Havel. D’ordinaire, les membres sont reçus lors des séances hebdomadaires, comme pour l’Académie des inscriptions et belles-lettres, selon un rite bien précis.

Lors de l’installation des membres de ces deux dernières compagnies, l’élu intronisé est guidé par l’auriculaire gauche à son siège par le secrétaire perpétuel : ce geste symbolique est un héritage maçonnique dont le sens est perdu. Une médaille de l’Académie, gravée à son nom, est également remise à l’impétrant, en même temps que le décret présidentiel entérinant son élection.

sommaireDes symboles intangibles

De ses origines, l’Institut de France a conservé quelques éléments hautement symboliques. Une paire d’urnes en cuivre a été l’outil premier d’une assemblée républicaine où le secret du vote était la garantie de l’indépendance. Même si l’Institut a été successivement national, impérial, royal, une nouvelle fois impérial et, enfin, "de France", ses cachets ne portent pas l’effigie de ses protecteurs (désormais le président de la République), mais celui de Minerve, déesse des Sciences et des Arts. On sculpta l’effigie de celle-ci sur la façade extérieure de la chapelle, à la place du manteau ducal et des armes de Mazarin, avec le symbole de l’unité de l’Institut, le faisceau des lumières. Sceau, médailles, papier à lettres représentent la déesse avec ses attributs.

sommaireCandidatures, visites et élections

Un vote à l’Institut, gravure, XIXe siècle.L’Académie française a maintenu, avec celles des beaux-arts et des sciences morales et politiques, le principe des candidatures spontanées avec visite. Si les visites ne sont pas de règle – les statuts de l’Académie française les déconseillent même –, elles sont d’usage et permettent aux académiciens d’apprécier les qualités des postulants. L’Académie des inscriptions et belles-lettres et celle des sciences procèdent par cooptation, en puisant largement dans le "réservoir" des correspondants français ou étrangers. Dès que le candidat a quelque assurance de succès, il se lance dans les visites à ses hypothétiques confrères futurs. Il est saisi par la « fièvre verte », couleur des broderies de l’habit.

À ce propos, René Doumic disait que "la plus grande faute à commettre est le faux départ. […] Le moment n’est-il pas venu, c’est en vain qu’on essaie de forcer la porte. Lorsque au contraire l’heure a sonné, tout devient facile, les résistances ont cédé, la porte s’ouvre d’elle-même". Ces visites sont parfois un tête-à-tête humiliant. Le médiéviste Gustave Schlumberger est reçu par Ernest Renan qui ne cesse de lui répéter : "Vous êtes éminent ! Vous êtes éminent ! "… mais lui refuse sa voix. Berlioz écrit en 1854 à son ami Hans von Bülow : "Je me suis résigné très franchement à ces terribles visites, à ces lettres, à tout ce que l’Académie inflige à ceux qui veulent intrare in suo docto corpore (latin de Molière) ; et on a nommé Clapisson. » Mais il ne désespère pas : « Je me présenterai jusqu’à ce que mort s’ensuive." Quatre candidatures pour Berlioz, sept pour Delacroix. Beaucoup abandonnent, rétifs à ces usages.

Comme le notait Sainte-Beuve, "une élection, c’est une intrigue, une intrigue dans le bon sens du mot". On connaît le mot fameux : "Ils voudraient non seulement qu’on leur promette notre voix, mais en plus qu’on la leur donne". Dans trois des Académies (française, beaux-arts et sciences morales & politiques), l’incertitude des élections demeure jusqu’au dépouillement des tours successifs. On ne va pas au-delà de quatre et, si la majorité des présents ne s’est pas dégagée, l’élection est déclarée blanche. Un score honorable peut laisser espérer un succès ultérieur. Une défaite sans appel (un nombre dérisoire de voix ou un grand nombre de bulletins marqués d’une croix) signifie un ajournement durable.

Une alchimie curieuse s’élabore quand il s’agit de pourvoir un fauteuil vacant. Chacun dans l’Académie a son avis : les discussions, les rumeurs se lèvent. Pour éviter une élection, un des plus sûrs moyens est de multiplier les candidatures. Des assurances sont parfois données inconsidérément.

Les décisions dépendent finalement de très subtils équilibres internes. Le choix est la résultante d’une multitude d’éléments : la volonté et la qualité du candidat ; la nature et l’ampleur de ses réseaux ; sa notoriété nationale et internationale ; la force des sympathies et des antipathies qu’il suscite au sein de l’Académie. C’est à l’Académie française que le jeu est le plus ouvert, puisqu’il n’y existe aucune section qui réduirait les candidats à une discipline donnée. Il en est de même dans les sections de membres libres de l’Académie des beaux-arts et de l’Académie des sciences morales et politiques. Ailleurs, les sections ou les spécialisations délimitent les champs de compétence, en particulier aux sciences et aux inscriptions et belles-lettres, où les qualités professionnelles du candidat sont déterminantes.

sommaireL'habit fait l'académicien

Louis-Benoît Picard en costume d’académicienRéuni le 5 vendémiaire an IX, l’Institut demanda officiellement un costume simple et décent. Le 13 mai 1801, Bonaparte approuva le grand costume – habit, gilet ou veste, culotte ou pantalon noirs, brodés en plein d’une branche d’olivier en soie vert foncé, chapeau à la française – et le petit costume – n’ayant de broderie qu’au collet et aux parements de la manche avec une baguette sur le bord de l’habit –, lequel tomba rapidement en désuétude.

L’auteur dramatique Henri Lavedan a évoqué avec esprit l’adoption de ce vert particulier, "savant et pédagogique, acide et rigide. Ce vert d’abat-jour, de drap de bureau et de reliure de dictionnaire […], nous ne pouvions pas y échapper ! Quelle autre couleur, en effet, eût conçu l’audace de lui disputer la palme ?". En fait, le vert originel, dont l’échantillon est conservé aux Archives nationales, a subi bien des outrages. Lavedan faisait déjà remarquer que chacun choisissait la nuance correspondant à son caractère. Aujourd’hui, les variantes sont multiples et les broderies elles-mêmes vont du jaune au bleu en passant par toute la gamme des verts.

Quant à l’habit, il était peu confortable. Et il l’est resté, malgré ses transformations. Le peintre Paul Delaroche, soucieux des courants d’air, y ajouta une cape. Le frac a remplacé la redingote, le jabot s’est transformé en plastron et cravate blanche, la culotte a fait place au pantalon, Hugo inaugurant cette mode, et le drap bleu foncé s’est substitué au noir. Le bicorne, quant à lui, s’est maintenu.

Une fois en possession du vêtement convoité, l’académicien, qui est tenu de le porter en principe pour les séances solennelles, l’arbore avec des sentiments divers, de la gêne de porter l’uniforme pour certains, à la joie et à la fierté pour d’autres d’être parvenus au sommet du cursus honorum et de le signifier vestimentairement, comme Jean Cocteau, après son élection, le confiait à Édouard Bonnefous.

sommaireLes mythes : en être...

Paul Valéry, à propos de l’Académie française, note :

J’ai parlé de notre mystère. J’ai tenté de montrer que ce mystère existe, nous distingue, et relève, peut-être, l’Académie par ce je ne sais quoi de vague et d’inexprimable qui se mêle toujours à l’idée qu’éveille son nom. Une chose ne vaut que dans la mesure où elle échappe à l’expression. Il faut que tout ce que l’on peut en dire n’en puisse épuiser la notion […] ; et cette sorte de transcendance s’accuse et se démontre assez par la grande liberté de nos choix.

Caricature de Ingres, Horace Vernet.Cette attraction agit aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’Institut. Il existe non pas une hiérarchie de fait, mais une échelle d’attraction du mystère, due pour une part à la pluridisciplinarité de l’Académie française. Un médiéviste ou un helléniste, déjà membre des Inscriptions et Belles-Lettres, pourra ainsi se porter candidat à la Française, de même qu’un physicien ou un biologiste de l’Académie des sciences pourra briguer les suffrages de l’aînée des compagnies. En 2011, trois membres de l’Académie française appartiennent à une autre Académie : Marc Fumaroli (également aux inscriptions et belles-lettres), François Jacob (également aux sciences) et Gabriel de Broglie (également aux sciences morales & politiques). Au XIXe siècle, Guizot et le duc d’Aumale ont même connu une triple appartenance. Il est plus rare qu’un membre de l’Académie fondée par Richelieu rejoigne une autre compagnie.

Vouloir être membre de l’Institut est un sentiment très fort qui légitime à lui seul l’institution. Les échecs ne rebutent pas les plus grands. Balzac savait qu’il lui manquait une honorabilité familiale et financière, qu’il crut atteindre en épousant Mme Hanska. Mais il était trop tard. Hugo subit quatre échecs entre 1836 et 1840, battu notamment par Charles Mercier Dupaty, et l’emportant en 1841 de seulement deux voix sur Arsène Ancelot. Zola échoua vingt-quatre fois. Lamartine confie dans une lettre à Sainte-Beuve que bien des gens, y compris son père, lui trouvent du talent depuis, et seulement depuis, qu’il fait partie de l’Académie française. Il y a aussi les "convertis" : Leconte de Lisle, indigné en 1853 contre « ces vieux gredins d’académiciens couverts de crimes », se présente de 1867 à 1886 avant d’être élu. Mais une fois qu’on "en est", tout va mieux. Berlioz avoue : "Je n’ai avec mes confrères que des relations amicales et de tout point charmantes." Delacroix, contre lequel Ingres avait mené un combat acharné, se révèle un ardent défenseur de l’Académie des beaux-arts.

Il serait difficile de définir un profil d’académicien, tant il est variable. On se souviendra toutefois de Marcel Pagnol qui, lors de ses visites, ne parla de lui à aucun de ses futurs confrères, et se contenta de leur raconter des anecdotes humoristiques. Il avait su les faire rire, il eut leurs suffrages. Longtemps, une origine aristocratique fut un atout : près de nous, les d’Harcourt, les Broglie, les d’Haussonville, les d’Ormesson, … furent académiciens de père en fils ou à quelques générations de distance. Des antécédents familiaux peuvent aussi jouer : ainsi Edmond Rostand et son fils Jean, les Landowski, les frères Tharaud, les Mazon, les époux Bastid… Mais les généalogies familiales, très fortes avant la Révolution de 1789, ont, par la suite, cédé largement le pas au mérite.

sommaireLes mythes : ... ou ne pas en être

Claude Monet et Gustave Geoffroy à Giverny.L’histoire des éconduits à l’Académie française a été écrite par Arsène Houssaye, dans Le 41e Fauteuil. La "vieille dame" du quai Conti ne sera pas rancunière et élira son fils Henry en 1894.

On peut ne pas vouloir entrer à l’Institut. Certains, délibérément hostiles, ont refusé les avances qui leur étaient faites. Ce fut le cas de Stendhal, de Flaubert le solitaire, de Daudet, de Gide, de Roger Martin du Gard, d’artistes nombreux qui rejetaient par principe ce qu’on nomme académisme, ou d’un Jacques Monod. Certains n’y songèrent pas, tels Giraudoux, Larbaud ou Ravel. D’autres sont morts prématurément avant une élection vraisemblable : Apollinaire, Proust, Debussy.

Le milieu social est un obstacle souvent insurmontable. Les Goncourt, langues alertes et fort méchantes, disaient : "L’Académie a une grande peur, c’est de la bohème. Quand ils n’ont pas vu un homme dans leur salon, ils n’en veulent pas". Puis il y a les contingences de l’époque, les pressions des pouvoirs, les humeurs personnelles, le poids d’un passé récent. On sait les traces laissées par l’affaire Dreyfus : Gustave Schlumberger a lui-même évoqué la férocité des oppositions qui déchirèrent l’Académie des inscriptions & belles-lettres à la charnière des XIXe et XXe siècles. De la même façon, les candidatures féminines ont provoqué de longues polémiques. Les difficultés liées à l’héritage de la Seconde Guerre mondiale suscitèrent, et continuent de susciter, bien des remous. Tout cela montre que la vie académique fait partie de celle de la cité et qu’elle ne saurait se soustraire à ses débats

sommaireL'épée : la règle et l'usage

Caricature de François-Édouard Picot, Horace Vernet.Aujourd’hui, l’épée d’académicien n’est plus dissociable du costume. Et pourtant, comme le rappelait Jacques Rouché en 1924, "elle est de notre habit le seul complément auquel nous n’ayons pas droit" : en effet, le port de l’épée était exclusivement réservé aux fonctionnaires détenant une part du pouvoir exécutif ; une décision du 8 thermidor an VIII réduisait le signe distinctif des membres de l’Institut à  une canne, de la mesure de un mètre, surmontée d’un pommeau portant la médaille "de l’Institut national". Le Consulat, puis l’Empire, revinrent aux usages anciens et, au retour de la campagne d’Égypte, les membres de l’Institut d’Égypte, pour la plupart membres de l’Institut national, semblent avoir pris l’habitude de porter l’épée.

La coutume a voulu au XXe siècle que l’épée fût offerte par les amis et admirateurs du nouvel élu, personnes physiques ou morales. Au lieu d’une vulgaire épée, elle devient œuvre d’art à laquelle les soins des plus grands orfèvres sont consacrés, les moindres parties rappelant un des titres de l’éminent possesseur. Symboles, hommages, charades, l’épée est pensée du pommeau à la bouterolle. D’autres préfèrent l’anonymat de l’histoire, ou doivent s’en contenter quand le Comité de l’épée n’a pas réuni des fonds suffisants pour envisager le financement d’une œuvre originale.

L’académicien est enfin paré. Il a reçu son épée des mains d’un proche ou d’un futur confrère, lors d’une réception amicale. Il ne manque plus alors à l’heureux élu que l’adoubement solennel par ses pairs, selon des modalités propres à chacune des Académies.

Les actualités


Le 25 Avr 2014

Académie des inscriptions et belles-lettres

Séance

Le 11 Avr 2014

Académie des inscriptions et belles-lettres

Séance

Le 10 Avr 2014

Académie française

Élection de Alain Finkielkraut

Le 08 Avr 2014

Le 07 Avr 2014

Académie des sciences morales et politiques

Séance