DE L'ÉGYPTE À POMPÉI,
LE CABINET D'ANTIQUES DU DUC D'AUMALE À CHANTILLY
 
Sommaire Chantilly
  Du 5 juin 2002 au 9 septembre 2002
     
     

L'exposition De l'Égypte à Pompéi, le cabinet d'Antiques du duc d'Aumale à Chantilly a accompagné la remise en valeur du cabinet d'Antiques du musée, dont une partie était jusqu'à présent abritée en réserve.
Une image parlante de l'anticomanie érudite du XIXe a revu ainsi le jour.

     
   
Amphore attique à figures rouges, attribuée à Aison, troisième quart du Ve siècle avant J.-C ©

Pour la première fois depuis plusieurs décennies, les antiquités égyptiennes, grecques, étrusques et romaines acquises par le duc d'Aumale tout au long de sa vie ont été intégralement visibles dans les salles du musée.

 

Plusieurs facteurs expliquent le goût du duc d'Aumale pour les antiques. Époux d'une princesse Bourbon-Siciles, la princesse de Salerne, il se rend souvent à Naples et en Sicile, où il a deux résidences, l'une à Palerme et l'autre à Terrasini. Il reçoit également en cadeau des objets de fouilles trouvés à Pompéi dans les années 1843, rachète en 1854 la collection de tableaux et d'antiques de son beau-père, le prince de Salerne, après le décès de ce dernier, et acquiert en vente publique des pièces prestigieuses comme le vase de Nola, vase grec à figures rouges, ou les figurines de Tanagra. Ses collections sont diverses par leurs techniques (marbre, terre cuite, verrerie, mosaïque, bronze) comme par leurs provenances (Égypte, Grèce, Rome, Gaule romaine). Une des découvertes sera l'extraordinaire matériel provenant de Pompéi et d'Herculanum, essentiellement des bronzes et de la verrerie.

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Mosaïque, L'Enlèvement d'Europe,
Stabies. Ier siècle. ©

LA COLLECTION

On connaît bien les riches collections de peintures, de manuscrits précieux et d'objets d'art du musée Condé, données par Henri d'Orléans, duc d'Aumale (1822-1897), à l'Institut de France. On connaît aussi de mieux en mieux ses collections de dessins, de gravures ou de photographies anciennes qui ne peuvent être montrées qu'à l'occasion d'expositions temporaires et qui, depuis quelques années, font l'objet de publications régulières sous la forme de catalogues scientifiques édités à l'occasion de ces expositions temporaires, avec le soutien des collectivités territoriales. Mais il est un aspect quasi inconnu du musée Condé qu'il est urgent de faire découvrir au public : ce sont les collections archéologiques du duc d'Aumale. En effet, le duc d'Aumale, prince éclairé et collectionneur avisé, s'est intéressé aux “antiques”, comme l'on disait alors.

       
     
Hydrie cinéraire, Eros et Psyché, deuxième moitié du IVe siècle
avant J.-C.
©

Pourquoi ce goût pour l'archéologie ?
Rappelons que le prince a épousé en 1845 une cousine napolitaine, Marie-Caroline de Bourbon-Siciles, princesse de Salerne, et que dès 1844 il se rendait régulièrement à Naples - d'où de fréquentes excursions à Pompéi et Herculanum.
Là, le fils du roi Louis-Philippe et de Marie-Amélie de Bourbon-Siciles est accueilli avec tous les égards dus à son rang, on lui présente les fouilles en cours depuis le milieu du XVIIIe siècle, on lui offre parfois des pièces - majeures ! - tirées des ruines de la ville ensevelie sous les cendres du Vésuve.
De là une collection très impressionnante de bronzes et de verreries pompéiennes, d'une qualité digne du musée du Louvre, mais jamais exposée dans sa globalité.

En 1851, la duchesse d'Aumale perd son père, le prince Léopold de Salerne. Le duc, alors exilé à Londres depuis la chute de la monarchie de Juillet, et devenu collectionneur pour occuper ses loisirs, regroupe des capitaux pour racheter en 1854 la collection d'objets d'art du prince de Salerne : surtout des tableaux italiens des XVe et XVIe siècles, noyau initial de la collection de peintures de Chantilly (parmi lesquels les Carraches du palais Farnèse), mais aussi quelques antiques d'une ampleur et d'une qualité étonnantes comme la mosaïque de L'Enlèvement d'Europe, ou celle dite “au chien”. Ce patrimoine latin va rejoindre en Angleterre le collectionneur qui, chaque été, se rend en Sicile où les Orléans possèdent le Palais-Royal de Palerme (c'est d'ailleurs en Sicile que le duc d'Aumale mourra le 7 mai 1897 dans son vignoble sicilien du Zucco). La famille d'Orléans se passionne pour l'archéologie, et le prince ou ses frères parcourent les sites de Sélinonte, Agrigente, Taormine ou Ségeste - toute la Grande Grèce, c'est-à-dire les colonies grecques d'Italie du Sud -, où le neveu préféré du prince, Robert d'Orléans, duc de Chartres, les photographie en 1885 tels des touristes un peu privilégiés de la fin du XIXe siècle.

       
     
Femme drapée et voilée, deuxième moitié du IVe siècle avant J.-C. ©

Le duc d'Aumale, comme tous les grands collectionneurs de son temps, va aussi acquérir en vente publique des pièces prestigieuses provenant de grands amateurs ; c'est le cas du vase de Nola (vase grec à figures rouges), ou d'une série de terres cuites grecques dites de Tanagra, parmi lesquelles quelques pièces se révéleront fausses, mais n'en témoignent pas moins du goût d'un prince collectionneur de la fin du XIXe siècle : l'honnête homme se devait de posséder, outre des tableaux, des dessins, et une bonne bibliothèque, des témoins de l'Antiquité. Quelques pièces égyptiennes (oushebtis, etc.) entreront ainsi à Chantilly. L'archéologie nationale n'est pas laissée de côté, car l'on apporte volontiers au prince des pièces tirées de fouilles locales, tel le Faune de Buironfosse (Aisne), remarquable petit bronze d'une grande qualité plastique, qui voisine avec un sanglier gaulois en bronze.

Cette collection est typique des grandes collections d'antiques de la fin du XIXe siècle : on y trouve Rome et Pompéi, Athènes et la Grèce, l'Égypte aussi, et sa diversité est remarquable. Toutes les techniques sont représentées : bronzes, verres, marbres, mosaïques, terres cuites, etc.

L'occasion est ainsi offerte d'apprécier un ensemble d'ouchebtis et de petits bronzes égyptiens mais aussi deux Livres des Morts abrités, habituellement au cabinet des dessins.

L'amphore attique à figures rouges attribuée au peintre Aison, l'un des vases grecs parmi les plus appréciés au XIXe siècle, côtoie une série de terres cuites grecques, dont une femme voilée particulièrement raffinée et trois hydries funéraires en bronze de grande qualité. Les terres cuites modernes, vendues pour des antiques au prince, sont aussi exposées pour illustrer un phénomène courant durant le dernier tiers du XIXe siècle : les pastiches et les faux produits à la faveur de l'engouement nouveau pour les figurines de Tanagra.

Un petit groupe d'objets étrusques, souvent identifiés comme tels pour la première fois, entraîne ensuite vers l'Italie. Un ensemble méconnu de pièces romaines fait l'objet d'une attention particulière. Il s'agit du produit de la fouille réalisée à Pompéi sous les yeux du prince le 8 novembre 1843, offert par son hôte, Ferdinand II, roi des Deux-Siciles. La Casa del Duca di Aumale - pendant l'Antiquité, l'auberge de Gabinianus - a fourni une grande quantité de vaisselle en bronze, en verre ou en terre cuite, parfois commune, des lampes en bronze, ou encore des dés à jouer.

       
     
Minerve, Ier siècle avant J.-C. ©

L'acquisition des marbres et des mosaïques de la collection du prince de Salerne, en 1854, complète avantageusement l'ensemble des œuvres romaines provenant de la région du Vésuve. Les petits marbres décoratifs illustrent bien le luxe des jardins romains du Ier siècle. La mosaïque de la Chasse et celle de L'Enlèvement d'Europe, étant intégrées au décor du château, invite à se rendre dans la Rotonde et dans la salle des Gardes pour en apprécier tout le chatoiement.

Enfin, la série des bronzes romains et gallo-romains permet notamment de redécouvir une œuvre célèbre de Chantilly : la Minerve qui donne son nom à l'une des salles du musée. Tenue par le peintre et sculpteur Henri de Triqueti pour la Vénus de Milo des bronzes antiques, cette précieuse statuette constitue, avec l'amphore du peintre Aison, l'emblème de ce beau cabinet d'amateur du XIXe siècle.

Ces cent cinquante pièces, qui n'ont jamais été présentées au public, méritaient d'être convenablement étudiées. C'est pourquoi le musée Condé a demandé l'aide du département des antiquités gréco-romaines du musée du Louvre ; sur les conseils de son conservateur général M. Alain Pasquier, l'ouvrage a été confié à M. Ludovic Laugier, collaborateur scientifique du département des antiquités gréco-romaines du Louvre ; Mme Anne-Marie Guimier-Sorbets, professeur de l'Université Paris-X Nanterre et spécialiste des mosaïques, a apporté son concours pour la rédaction des notices qui leur sont consacrées.

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Bibliographie :

Catalogue de l'exposition publié par les éditions d'art Somogy
avec le soutien du Conseil général de l'Oise et du Conseil régional de Picardie,

168 pages en couleurs, 22 x 28 cm, 29 euros.
Préface par Alain Pasquier, conservateur général chargé du département des Antiquités grecques et romaines du musée du Louvre.
Introduction et catalogue par Ludovic Laugier
- Préhistoire et protohistoire : 3 notices
- Antiquités égyptiennes : 23 notices
- Antiquités grecques : 11 notices
- Antiquités étrusques et italiques : 6 notices
- Antiquités romaines et gallo-romaines : 69 notices
- Les fouilles de Pompéi : 35 notices
- Les mosaïques (par Anne-Marie Guimier-Sorbets) : 9 notices
- Les marbres : 11 notices
- Les bronzes : 4 notices
- Les verres : 5 notices
- Les lampes : 5 notices
- Objets isolés, douteux ou faux : 10 notices
Bibliographie
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