GUSTAVE LE GRAY
 
Sommaire Chantilly
  Du 20 mars au 17 juin 2002
     
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Adresse 
Château de Chantilly,
Musée Condé 
BP 70243
60631 Chantilly.
Tél. : 03 44 62 62 62
Fax : 03 44 62 62 61
  UN PIONNIER DE LA PHOTOGRAPHIE
     
   
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Le Brick au clair de lune, vers 1856.
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Gustave Le Gray naît en 1820 à Villiers-le-Bel, au pied du château d'Écouen, non loin de Chantilly. Peintre à l'origine, formé dans l'atelier de Paul Delaroche où il eut pour condisciples Henri Le Secq, Charles Nègre et l'anglais Roger Fenton, Gustave Le Gray a exposé un portrait et une campagne romaine au Salon de 1848 et un portrait de femme au Salon de 1853. Mais c'est la photographie qui lui a permis de s'exprimer, avec un talent qui le met au premier rang. Le Gray se qualifiait lui-même de « peintre photographe », et se voulait avant tout voué à la création artistique. « Et il n'était que temps que l'art vint s'en mêler »: ainsi Félix Nadar salue-t-il l'entrée en photographie de ce peintre réputé médiocre dont on ne connaît aucun des tableaux. « Pour moi, j'émets le vœu que la photographie, au lieu de tomber dans le domaine de l'industrie et du commerce, rentre dans celui de l'art. C'est là sa seule, sa véritable place, et c'est dans cette voie que je chercherai toujours à la faire progresser. » Son œuvre montre qu'il a été à la hauteur de ses ambitions.

       
      Membre fondateur de la Société héliographique en 1851 et de la Société française de photographie (S.F.P.) en 1854, il s'intéressa dans ses recherches à l'amélioration du négatif-papier et verre en utilisant le collodion (1849), ce qu'il expose dans son Traité pratique de photographie sur papier et sur verre (Paris, Baillière, 1850), puis en inventant le négatif-papier ciré sec (1851), ce qui a assuré une survie d'environ quinze ans au négatif-papier que beaucoup de voyageurs préféreront au négatif-verre collodionné, lourd et fragile sur le terrain. En 1851, il participa à la Mission héliographique avec son élève Mestral et photographia les monuments de Touraine et d'Aquitaine, allant jusqu'aux Pyrénées, en utilisant cette technique. Dans son luxueux atelier, au 7 chemin de la Barrière de Clichy (entre 1849 et 1859), il initia à la photographie la haute société du Second Empire, et notamment le comte de Laborde, Édouard et Benjamin Delessert, Henri Le Secq, Charles Nègre, et Adrien Tournachon, frère de Nadar. Ce dernier s'installa dans l'atelier de Le Gray, au 35 boulevard des Capucines, après le départ de celui-ci.
Au début des années 1850, il prit des photographies dans la forêt de Fontainebleau, dont les contrastes d'ombre et de lumière n'étaient pas sans rapport avec les recherches des peintres de Barbizon.
Napoléon III, qui avait posé devant Le Gray lorsqu'il était prince-président, le chargea en 1857 de photographier le camp de Châlons, terrain d'entraînement militaire dont l'Empereur était extrêmement fier et où la Garde impériale, placée sous son commandement, se trouve d'août à octobre. Le Gray réalisa des albums de tirages 30 x 40 cm, qui furent offerts par Napoléon III à ses officiers généraux.
Le Gray a ainsi pratiqué le reportage (camp de Châlons en 1857, barricades de Palerme en 1860, épisode marquant du Risorgimento, photographiées lors d'une expédition organisée par Alexandre Dumas et destinée à soutenir l'action de Garibaldi), mais aussi le portrait et le paysage avec talent. Cependant, sa carrière allait se briser net : il refusa la mode du portrait carte de visite lancée par Disdéri ; de ce fait, son atelier périclita et il fut cédé en 1860 au peintre Alophe. À partir de là, la vie de Le Gray devient mystérieuse. Il quitte Paris et sa famille en 1860 (son nom ne figure plus dans la liste des membres de la S.F.P. à partir de 1863). Il fait une croisière en Méditerranée sous la conduite d'Alexandre Dumas père, mais après une dispute le voyage tourne court. Le photographe est débarqué sans un sou à Malte, puis on le retrouve en Syrie, en Égypte enfin. Après un séjour à Alexandrie, il s'installe en 1864 au Caire, dans une vieille maison du quartier arabe derrière la place d'Ezbekieh ; en 1869, il est professeur de dessin et de peinture à l'École polytechnique du khédive, le vice-roi d'Égypte, mais il pratique toujours la photographie, ainsi que le raconte Chennevières-Pointel dans ses Souvenirs d'un directeur des Beaux-Arts, publiés dans L'Artiste de 1885 à 1889. L'Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux d'octobre 1892 situe l'arrivée à la cour du khédive Ismaïl Pacha aux alentours de 1865 et ajoute que Le Gray mourut en Égypte. Il exposa ses vues d'Égypte à l'Exposition universelle de 1867 à Paris, et réalisa un portrait du comte de Chambord au Caire.
       
     
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Remorque au large (vers 1856-1857)..
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Les photographies de Gustave Le Gray conservées à Chantilly ont appartenu à Henri d'Orléans, duc d'Aumale (1822-1897), cinquième fils du roi Louis-Philippe, qui a fait don à l'Institut de France en 1886 du château de Chantilly et de ses collections de peintures, de dessins et de livres précieux, mais aussi d'un très important fonds de photographies anciennes. Ce fonds se compose d'environ 1400 tirages sur papier datant en majorité de la deuxième moitié du XIXe siècle. Le donateur ayant souhaité que sa collection ne puisse être prêtée, le musée Condé à Chantilly expose ces épreuves rares de Le Gray au moment où la Bibliothèque nationale de France, du 19 mars au 16 juin 2002 (58, rue Richelieu, galeries Mazarine et Mansart), consacre une exposition monographique à ce pionnier de la photographie.
On trouve dans la collection du grand amateur d'art qu'était le duc d'Aumale des reproductions d'œuvres d'art par Gustave Le Gray, telle la célèbre Joconde de Léonard de Vinci photographiée au musée du Louvre, et des portraits. La reine Marie-Amélie, mère du duc d'Aumale, possédait un album contenant des portraits de Le Gray. Mais, parmi les œuvres de Le Gray conservées à Chantilly, les plus importantes sont sans doute les Marines, dont l'ensemble a probablement été acquis à Londres par le duc d'Aumale en 1856.
       
     
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Marine (vers 1856-1857).
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Les marines de Le Gray firent en effet sensation à Londres en 1856 lors de l'exposition organisée par la Société photographique royale de Londres. Les photographes de l'époque n'arrivaient pas à rendre les effets de ciel à cause de la différence des temps de pose pour le ciel d'une part et pour le sujet lui-même d'autre part. Le ciel apparaissait alors généralement brouillé, et les photographes tournaient alors la difficulté en couvrant les ciels à la gouache noire, ce qui les faisait apparaître totalement vides. Le Gray résolut le problème en utilisant au tirage deux plaques de verre différentes, une pour le ciel et une pour le sujet. Ce furent les premières grandes marines réalisées en photographie où furent rendus simultanément le mouvement des flots et les nuages du ciel. Ce fut le succès immédiat ; son Brick au clair de lune était à la devanture de tous les marchands de gravure de Londres en 1856, selon l'Illustrated London News.
Les marines sont aujourd'hui les œuvres les plus recherchées de Gustave Le Gray. En octobre 1999, une marine de Le Gray, La grande vague, Sète, atteignit la somme de cinq millions de francs lors de la vente à Londres de la collection de photographies de Marie-Thérèse et André Jammes.
       
      Bibliographie :
La photographie du XIXe siècle à Chantilly, chefs-d'œuvre du musée Condé *
(notamment les pages 20,40,75,76,77,80,81),
par Nicole Garnier-Pelle, éditions Art Lys, 2001, 10,50 €.
* Cédérom édité par le CRDP de Picardie.

Gustave Le Gray (1820-1884), sous la direction de Sylvie Aubenas, 400 pages, 350 illustrations, coédition BnF/Gallimard, 2002, catalogue de l'exposition de la BnF.

Gustave Le Gray, l'œil d'or de la photographie, par Sylvie Aubenas, hors-série Découvertes Gallimard, 2002.