LA PHOTOGRAPHIE DU XIXe SIÈCLE
 
Sommaire Chantilly
Exposition
Liste des photographies exposées
Biographie des photographes
  CHEFS-D'ŒUVRE DU MUSÉE CONDÉ
Du 13 juin au 10 septembre 2001

 

 
      Ses tableaux, ses manuscrits, ses dessins - tout récemment mis à l'honneur - valent à Chantilly une renommée incontestable. Mais le domaine légué par le duc d'Aumale à l'Institut de France en 1886 renferme aussi une importante collection d'environ 1400 photographies anciennes qui ne laisseront pas d'attirer l'attention cet été.
Roger FENTON (1809-1869)
Trois chefs Croates,
Guerre de Crimée, 1855.

Ces clichés, qui datent en majorité de la deuxième moitié du XIXe siècle, sont présentés au public dans les salles du château.
Leur état de conservation exceptionnel justifie à lui seul la portée de l'événement. On ne manquera pas cependant d'y voir une nouvelle fois l'expression de l'heureuse curiosité d'un collectionneur éclairé : photographies du Paris de Napoléon III, alors en pleine transformation ; portraits d'orientaux rappelant au duc l'Algérie, où il commença sa carrière militaire ; reproductions de tableaux et objets d'art de sa propre collection ou de celles des musées nationaux, comme La Joconde par Gustave Le Gray ou les photographies par Louis-Rémy Robert des porcelaines de Sèvres montrées à l'Exposition universelle de 1855 ; albums de famille ; vues de Rome, Athènes, Syracuse, etc.

D'autres achats ne s'expliquent que par un goût réel du prince pour l'art nouveau que constituait alors la photographie, art dont le fonds de Chantilly comprend tous les courants entre 1855 et 1897, à l'exception du pictorialisme. Cette exposition offre ainsi à l'amateur comme au spécialiste l'opportunité de venir découvrir et admirer soixante-dix œuvres des pionniers de la photographie, Le Gray, Fenton, Baldus et beaucoup d'autres.

Henri d'Orléans, duc d'Aumale (1822-1897), cinquième fils du roi Louis-Philippe, a donné en 1886 à l'Institut de France le château de Chantilly et les collections qu'il y avait rassemblées. Outre une riche collection de tableaux et de manuscrits à peintures du Moyen Âge, Chantilly renferme aussi un très important fonds de photographies anciennes, composé d'environ 1400 épreuves surtout de la deuxième moitié du XIXe siècle, dont 70 seront exposées jusqu'au 10 septembre 2001.
La collection du duc d'Aumale reflète les différentes facettes de la personnalité de ce grand amateur, depuis la génération des pionniers de la photo (des " primitifs ", comme on aime à les appeler parfois aujourd'hui), avec Baldus, Le Gray, ou Fenton (vers 1850-1860), jusqu'au tournant du siècle, avec les premières photos d'amateur de son neveu Robert d'Orléans, duc de Chartres, ou l'apparition de la photo industrielle.

 

 

 
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Édouard-Denis BALDUS
(1813-1890).
Paris : Le Louvre et les Tuileries vus de la Cour Napoléon, vers 1860. Inventaire Ph. 11.

L'exilé
Le duc d'Aumale a vécu exilé en Angleterre après la chute de la Monarchie de Juillet de 1848 à 1871. Cette longue absence hors de France explique qu'il ait souhaité posséder des photographies du Paris de Napoléon III, alors en pleine transformation, et notamment des sites parisiens où il avait vécu dans sa jeunesse, comme le Louvre et les Tuileries, par Baldus ou les frères Bisson.

 

 
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    Le gouverneur militaire de l'Algérie
Le duc d'Aumale avait commencé sa carrière militaire en Algérie : en 1843 à vingt-et-un ans, il s'était couvert de gloire lors de la prise de la Smalah d'Abd-el-Kader. En 1848, il était gouverneur militaire de l'Algérie. Très attaché à l'Afrique du Nord jusqu'à la fin de sa vie, il collectionna les œuvres des peintres orientalistes. Aussi était-il logique qu'il possédât des photographies lui rappelant l'Algérie, entre autres des Types arabes - femmes orientales alanguies, hommes fumant le narguilé, etc. - et une grande Vue panoramique du port d'Alger.

 

 
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Louis-Rémy ROBERT
(1811-1882).
Céramiques de Sèvres, 1855. Inventaire Ph.733.

L'amateur d'art
Collectionneur, le duc d'Aumale conserva des reproductions d'œuvres d'art : tableaux de sa collection photographiés par Braun selon le procédé inaltérable au charbon, œuvres des musées nationaux, comme La Joconde par Gustave Le Gray, monuments historiques, comme la chapelle d'Amboise par Mieusement
ou l'abbaye des Vaux-de-Cernay, objets d'art divers comme les douze photographies par Louis-Rémy Robert des porcelaines de Sèvres exposées à l'Exposition universelle de 1855.

 

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    Le prince
Le duc d'Aumale était apparenté à la plupart des têtes couronnées d'Europe. De ce fait, sa collection conserve des portraits de famille dus à Gustave Le Gray, Ludwig Angerer, Luigi Caldesi ou Camille Silvy ; on y rencontre la reine Victoria et sa famille, l'Empereur François-Joseph, etc.

 

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    Le voyageur : sites archéologiques
Grand voyageur, le duc d'Aumale parcourut toute l'Europe. Il s'intéressa à l'archéologie, collectionna les antiques, notamment les pièces qu'on lui offrit au sortir des fouilles de Pompéi. Comme tous les amateurs, il possédait des vues de Rome et d'Athènes.

 

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    Le soldat
Militaire, le duc d'Aumale a également acquis les premiers reportages de guerre, comme les vues du siège de Sébastopol par Roger Fenton. Proche de la reine Victoria, Fenton fut envoyé en Crimée de mars à juin 1855 pour photographier le siège de Sébastopol. L'opinion publique était en effet très hostile à cette guerre si meurtrière menée contre les Russes. Fenton partit d'Angleterre avec des caisses de matériel photographique et un camion-laboratoire tout équipé. Mais les conditions météorologiques rendirent son travail extrêmement difficile : la grande chaleur séchait trop vite les plaques au collodion humide, les mouches se collaient sur le collodion dans le camion photographique, très vite Fenton dut se contenter de faire le portrait des officiers dans le camp, le matin avant cinq heures. Son camion photographique était pris pour cible par les troupes ennemies. Déprimé, malade, ayant perdu ses proches, Fenton rentra en Angleterre à la fin de juin, rapportant des centaines de plaques, qui furent éditées par livraisons en Angleterre. Le duc d'Aumale choisit d'acquérir surtout les photos des chefs militaires les plus connus, ou des troupes qu'il avait commandées avant 1848, comme les bataillons d'Afrique. On y trouve aussi un panorama en trois feuilles de la vallée d'Inkermann, et des vues censément prises sur le champ de bataille mais qui ont été visiblement posées dans le camp, comme celle de la cantinière donnant à boire à un faux blessé au pansement impeccable : il s'agissait de rassurer l'opinion publique anglaise.
Le duc d'Aumale possédait également deux photographies de la guerre de Sécession, dans le style de Gardner ou de Brady. En effet, ses neveux le comte de Paris et le duc de Chartres s'enrôlèrent dans l'armée américaine, de septembre 1861 à juin 1862.

 

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Gustave LE GRAY
(1820-1882)
Le Brick au clair de lune, vers 1856. Inventaire Ph. 646.

Le collectionneur de photographies
D'autres achats ne s'expliquent que par un goût réel du prince pour l'art nouveau que constituait alors la photographie. Tous les courants de la photographie entre 1855 et 1897, à l'exception du pictorialisme, sont représentés dans le fonds. Par exemple, le prince achète des vues du Great Eastern par Howlett, cinq marines de Le Gray, des vues de Suisse d'Adolphe Braun, etc., achats qui ne peuvent s'expliquer que par des coups de cœur du collectionneur qui a légué Chantilly à l'Institut de France.

Un catalogue est disponible pour cette exposition. Paru aux éditions Artlys, il est vendu 68,88 F (10,50 €) (82 pages, format 20x22).