SÉANCE SOLENNELLE DE RENTRÉE 2003
Sommaire actualités
Séance 2005
Séance 2004
Séance 2002
Séance 2001
Séance 2000

Note : les discours de la séance 2003 sont disponibles, sous forme de brochure, au prix
de 10 euros.
com@institut-de-france.fr

Les textes des discours par
ordre de lecture :

L'aptitude au
changement,
facteur de progrès

par M. Raymond BARRE, délégué de l'Académie
des sciences morales
et politiques.

Tradition et utopie
par M. Roger
TAILLIBERT,
délégué de
l'Académie des
beaux-arts.

Changement pour
la science,
progrès pour
l'homme ?

par M. Étienne-Émile
BAULIEU, délégué
de l'Académie
des sciences.

Anacyclose,
" progrès de
l'esprit ", " fin
de l'histoire " ?

par M. Claude
NICOLET,
délégué de
l'Académie des inscriptions
et belles-lettres.

La tentation
des mots

par M. Jean François
DENIAU, délégué
de l'Académie
française.

Mardi 21 octobre 2003

La séance solennelle de rentrée des cinq Académies 2003 a eu pour thème fédérateur : changement et progrès.

Photo Brigitte Eymann










S
ÉANCE SOLENNELLE DE RENTRÉE
DES CINQ ACAD
ÉMIES
Présidée par M. Gilbert Dagron,
président de l'Institut de France et directeur de l'Académie des inscriptions et belles-lettres


Gilbert Dagron : discours d'introduction (extraits)

Photo Brigitte Eymann

" Monsieur le représentant du Président de la République, Madame, Messieurs les Ambassadeurs, Monsieur le vice-président du Conseil d'État, Messieurs les Députés, Monsieur le Premier Président de la Cour de cassation, Monsieur le Procureur général près la Cour de cassation, Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Présidents, Mesdames, Messieurs, Chers Confrères,

C'est dans la seconde moitié du XVIIIe siècle que le mot " progrès " est devenu idée, en se chargeant du sens qui le distingue aujourd'hui encore du mot " changement ". On envisagea alors l'homme comme indéfiniment perfectible, les sociétés comme évoluant vers le mieux et non vers le pire ; ce qui était évident pour les arts et les sciences fut étendu aux mœurs et bientôt à l'histoire, avec cette conception grandiose d'un avenir humain finalisé et d'une rationalité s'accomplissant dans le temps..."
Pour accéder au texte du discours intégral (format pdf)
(format rtf)

haut de page

Raymond Barre : L'aptitude au changement, facteur de progrès (extraits)

Photo Brigitte Eymann

"…La vie est évolution, la vie est changement.
Les modifications qui se produisent dans la pyramide des âges d'une population, les avancées de la science, les innovations techniques qui agissent sur les structures de l'économie et les comportements de ses acteurs, la compétition internationale qui affecte par son étendue géographique et sa plus ou moins grande intensité les conditions des échanges et leur développement, les transformations qui affectent les relations entre groupes sociaux, enfin le " fait de Dieu " et le " fait du Prince ", autant de causes de changements. Leur rythme est plus ou moins rapide, leurs effets plus ou moins immédiats. Ils provoquent à travers le temps des mutations profondes ou des évolutions lentes, en tout cas irréversibles..."

"...Dans le siècle où nous sommes entrés, l'accélération des découvertes scientifiques, le développement de technologies de plus en plus sophistiquées qui, comme les technologies de l'information, irradient la société tout entière, soumettront les individus et les nations à des changements rapides qu'impose la pression de la compétition mondiale. C'est la formation des hommes qui sera le facteur décisif de l'adaptation à ces changements qui conduisent, en fin de compte, à un plus grand bien-être.
Le progrès du savoir et de l'action est souvent ingrat. Mais le changement incite l'homme à maîtriser sa nature, à rendre plus équilibrée l'évolution de l'économie et de la société, à mettre en œuvre l'idée de solidarité et, pour reprendre la formule de Condorcet, " à marcher d'un pas ferme et sûr dans la route de la vérité, de la vertu et du bonheur "."
Pour accéder au texte du discours intégral (format pdf)
(format rtf)

haut de page

Roger Taillibert : Tradition et utopie (extraits)

Photo Brigitte Eymann

" Changements de la science, progrès pour l'homme, point d'interrogation ? Faut-il qu'il y ait un grave problème, pour que le titre de mon intervention doive inclure ce point d'interrogation, une ponctuation que je qualifierais de politiquement correcte, de bien pensante ! C'est un souci pour moi que cette interrogation !
L'homme domine le monde vivant, grâce à la science. Celle-ci progresse sans nul doute, mais soudain une question surgit : ses changements contemporains seraient-ils devenus contre-productifs ? Comment cette science plus féconde que jamais, si spécifique de notre espèce, peut-elle être mise en examen au tribunal du progrès humain ? L'humanité est-elle devenue hypocondriaque pour douter à ce point de sa santé collective !
Le sentiment de progrès est un sentiment de confiance ; aujourd'hui le doute a remplacé la confiance…"

"...Nos sociétés ne doivent pas être dévalorisées ou trompées par la technique conduisant vers l'utopie, ou vers des découvertes dangereuses pour l'humanité.
L'humanité réussira à sauvegarder ses valeurs humaines fondamentales en dépit des influences redoutables du changement dans un domaine qui nous concerne tout particulièrement, celui de la " création ", de la sensibilité humaine. " Quant aux objets faits par l'homme, ils sont dus aux actes d'une pensée ", aimait à dire Paul Valéry.
Souhaitons enfin, que le progrès futur soit une flamme qui se consumera éternellement, rayonnant sur la terre entière pour le bien de l'humanité, sans être lié au vaisseau de l'utopie ou de l'illusion."
Pour accéder au texte du discours intégral (format pdf)
(format rtf)

haut de page

Étienne-Émile Baulieu : Changement pour la science, progrès pour l'homme ? (extraits)

Photo Brigitte Eymann

"…Changements de la science, progrès pour l'homme, point d'interrogation ? Faut-il qu'il y ait un grave problème, pour que le titre de mon intervention doive inclure un point d'interrogation, une ponctuation que je qualifierais de politiquement correcte, de bien pensante !
Eh bien c'est un souci pour moi que cette interrogation ! L'homme domine le monde vivant, grâce à la science. Celle-ci progresse sans nul doute, mais soudain une question surgit : ses changements contemporains seraient-ils devenus contre-productifs ?
Comment cette science, qui ne cesse de mieux connaître la matière et la fait fonctionner à l'échelle nanométrique (le milliardième de mètre), met depuis quelques années les hommes de toute la terre en communication instantanée, sans fil et sans frontière, décrit le squelette génétique à la base de la vie des individus normaux et malades, permet de contrôler notre reproduction et de visualiser notre fonctionnement cérébral, comment cette science en progrès comme jamais, si spécifique de notre espèce, peut-elle être mise en examen au tribunal du progrès humain ? Faut-il que l'humanité soit devenue hypocondriaque pour douter à ce point de sa santé collective !
Le sentiment de progrès est un sentiment de confiance ; aujourd'hui le doute a remplacé la confiance. …"

"...On pourrait aujourd'hui avoir la tentation de s'en tenir aux acquis d'une humanité qui dispose déjà de tant de moyens pour mieux vivre, et choisir de mieux les partager. Je comprends ce sentiment, cette intuition qu'il faudrait marquer une pause.
Mais il ne faut pas compter sur un palier de l'évolution scientifique, sur un moratoire du changement : c'est une hypothèse totalement irréaliste - et bien des conservateurs tranquilles vont le regretter. L'homme invente, veut savoir toujours plus, que cela touche le climat sur notre terre et son évolution, les planètes alentour, ou les possibilités de vie prolongée en bonne santé et pleine lucidité. C'est irrépressible. Aux hommes et aux femmes, à leurs représentants, à leurs civilisations, d'en faire des bonheurs, d'accompagner ces percées, et d'inventer les règles de vie qui en feront des progrès pour le genre humain."
Pour accéder au texte du discours intégral (format pdf)
(format rtf)

haut de page

Claude Nicolet : Anacyclose, « progrès de l'esprit », « fin de l'histoire » ? (extraits)

Photo Brigitte Eymann

"…Les Grecs appelaient " anacyclose " le retour cyclique des différentes sphères célestes dans leur exacte position initiale. Le mot, assez rare, appartient donc au vocabulaire de l'astronomie et de l'astrologie, d'ailleurs confondues chez les Anciens. Je n'aurais aucun titre pour vous en entretenir si on ne le trouvait aussi une fois, chez l'historien Polybe (IIe siècle avant J.-C.), appliqué au destin des " politeiai ", c'est-à-dire à la fois des cités (ou des empires), et de leurs " constitutions ". C'est donc dans l'Antiquité grecque que nous rencontrons pour la première fois une tentative pour rendre compte des changements, intervenus au cours de l'histoire, des progrès (ou des reculs) qu'ils ont engendrés, et, du coup, de la fin (au double sens du mot) qu'on peut leur prédire. Me limitant à l'aspect politique de ces conceptions, j'en citerai deux prolongements postérieurs : l'élaboration de l'idée de Progrès à l'époque des Lumières et de la Révolution française ; et d'autre part l'apparition récurrente d'une théorie apparemment contradictoire : celle de la fin, je veux dire d'un arrêt de l'histoire..."

"...Écoutons Thierry, dans la préface à son Histoire du Tiers État : " C'est à ce point de vue, qui m'était donné par le cours même des choses, que je me plaçai dans mon ouvrage, m'attachant à ce qui semblait être la voie tracée vers l'avenir, et croyant avoir sous mes yeux la fin providentielle du travail des siècles écoulés depuis le douzième ". Bien entendu, il n'est pas ici question d'hégémonie mondiale. Mais la conjuration définitive des révolutions et des guerres européennes en serait un équivalent bénéfique. Ce rêve fut balayé, pour Guizot et Thierry, en 1848. L'histoire de France continuait, toujours aussi dramatique. La fin de l'histoire ne se produisait pas. Tout au plus faisait-elle place à une autre histoire. "
Pour accéder au texte du discours intégral (format pdf)
(format rtf)

haut de page

Jean François Deniau : La tentation des mots (extraits)

Photo Brigitte Eymann

"…Il faut aimer les mots, et en même temps s'en méfier. Personnes vivantes, ils ont les qualités et les défauts des humains. Certains ont une franchise naturelle alors que d'autres jouent à égarer par leurs multiples sens. Certains, avec l'âge, perdent tant de leur force qu'ils se dénaturent et n'ont plus la même signification. La gêne n'est plus la gehenne. On connaît amour, délice et orgue qui en passant du singulier au pluriel, changent de sexe. D'autres, toujours en passant du singulier au pluriel, se dégradent considérablement. Les honneurs, c'est moins haut et fort que l'Honneur. Les devoirs que le Devoir. La Valeur se décore, les valeurs se cotent en bourse. L'Espérance est une vertu, les espérances appartiennent au langage des notaires. Comment faire confiance aux mots ?
En choisissant comme thème général de réflexion pour cette rentrée solennelle " changement et progrès ", les cinq Académies qui composent l'Institut ont ouvert un débat fondamental. Les hommes inventent les mots. Les mots conduisent les hommes. Quels sont les vrais chemins de notre vie ? …"

"... Aussi s'est imposée peu à peu l'idée que le progrès exige le changement, et que le changement est déjà un progrès. Héritage du Siècle des lumières ? Bien plus du XIXe siècle et des foudroyants progrès des techniques humaines. Aujourd'hui, la conquête de l'espace est banalisée et aller dans la lune paraît à peine un exploit. La chirurgie - et la médecine - ont fait de tels progrès que j'ai pu, en dix ans, en sentir personnellement les bienfaits extraordinaires. Certes, d'autres maux apparaissent qui remplacent les anciens, toujours tapis dans l'ombre. Mais la durée de la vie augmente, la population croît. Le monde de la santé a changé, et changé en mieux. Progrès."
Pour accéder au texte du discours intégral (format pdf)
(format rtf)

 

haut de page
Accueil | Actualités | L'Institut | Académiciens | Bibliothèques
Patrimoine | Prix et mécénat | Visite virtuelle
Glossaire | Crédits | Aide | Recherche | Liens