|
SÉANCE
SOLENNELLE DE RENTRÉE
DES CINQ ACADÉMIES
Présidée par
M. Gilbert Dagron,
président de l'Institut de France et directeur de l'Académie
des inscriptions et belles-lettres
Gilbert Dagron : discours
d'introduction (extraits)
|

|
|
Photo
Brigitte Eymann
|
" Monsieur le représentant du Président de la République,
Madame, Messieurs les Ambassadeurs, Monsieur le vice-président
du Conseil d'État, Messieurs les Députés, Monsieur
le Premier Président de la Cour de cassation, Monsieur le
Procureur général près la Cour de cassation, Monsieur le Maire,
Mesdames et Messieurs les Présidents, Mesdames, Messieurs,
Chers Confrères,
C'est dans la seconde moitié du XVIIIe
siècle que le mot " progrès " est devenu idée, en
se chargeant du sens qui le distingue aujourd'hui encore du
mot " changement ". On envisagea alors l'homme comme
indéfiniment perfectible, les sociétés comme évoluant vers
le mieux et non vers le pire ; ce qui était évident pour
les arts et les sciences fut étendu aux mœurs et bientôt à
l'histoire, avec cette conception grandiose d'un avenir humain
finalisé et d'une rationalité s'accomplissant dans le temps..."
Pour accéder
au texte du discours intégral (format pdf)
(format rtf)

Raymond Barre : L'aptitude
au changement, facteur de progrès (extraits)
 |
|
Photo
Brigitte Eymann
|
"…La vie est évolution, la vie est changement.
Les modifications qui se produisent dans la pyramide des âges
d'une population, les avancées de la science, les innovations
techniques qui agissent sur les structures de l'économie et
les comportements de ses acteurs, la compétition internationale
qui affecte par son étendue géographique et sa plus ou moins
grande intensité les conditions des échanges et leur développement,
les transformations qui affectent les relations entre groupes
sociaux, enfin le " fait de Dieu " et le " fait
du Prince ", autant de causes de changements. Leur rythme
est plus ou moins rapide, leurs effets plus ou moins immédiats.
Ils provoquent à travers le temps des mutations profondes
ou des évolutions lentes, en tout cas irréversibles..."
"...Dans le siècle où nous sommes entrés, l'accélération
des découvertes scientifiques, le développement de technologies
de plus en plus sophistiquées qui, comme les technologies
de l'information, irradient la société tout entière, soumettront
les individus et les nations à des changements rapides qu'impose
la pression de la compétition mondiale. C'est la formation
des hommes qui sera le facteur décisif de l'adaptation à ces
changements qui conduisent, en fin de compte, à un plus grand
bien-être.
Le progrès du savoir et de l'action est souvent ingrat. Mais
le changement incite l'homme à maîtriser sa nature, à rendre
plus équilibrée l'évolution de l'économie et de la société,
à mettre en œuvre l'idée de solidarité et, pour reprendre
la formule de Condorcet, " à marcher d'un pas ferme et
sûr dans la route de la vérité, de la vertu et du bonheur "."
Pour accéder
au texte du discours intégral (format pdf)
(format rtf)

Roger Taillibert : Tradition
et utopie (extraits)
 |
|
Photo
Brigitte Eymann
|
" Changements de la science, progrès pour l'homme,
point d'interrogation ? Faut-il qu'il y ait un grave
problème, pour que le titre de mon intervention doive inclure
ce point d'interrogation, une ponctuation que je qualifierais
de politiquement correcte, de bien pensante ! C'est un
souci pour moi que cette interrogation !
L'homme domine le monde vivant, grâce à la science. Celle-ci
progresse sans nul doute, mais soudain une question surgit :
ses changements contemporains seraient-ils devenus contre-productifs ?
Comment cette science plus féconde que jamais, si spécifique
de notre espèce, peut-elle être mise en examen au tribunal
du progrès humain ? L'humanité est-elle devenue hypocondriaque
pour douter à ce point de sa santé collective !
Le sentiment de progrès est un sentiment de confiance ;
aujourd'hui le doute a remplacé la confiance
"
"...Nos sociétés ne doivent pas être dévalorisées ou
trompées par la technique conduisant vers l'utopie, ou vers
des découvertes dangereuses pour l'humanité.
L'humanité réussira à sauvegarder ses valeurs humaines fondamentales
en dépit des influences redoutables du changement dans un
domaine qui nous concerne tout particulièrement, celui de
la " création ", de la sensibilité humaine. " Quant
aux objets faits par l'homme, ils sont dus aux actes d'une
pensée ", aimait à dire Paul Valéry.
Souhaitons enfin, que le progrès futur soit une flamme qui
se consumera éternellement, rayonnant sur la terre entière
pour le bien de l'humanité, sans être lié au vaisseau de l'utopie
ou de l'illusion."
Pour accéder
au texte du discours intégral (format pdf)
(format
rtf)

Étienne-Émile Baulieu :
Changement pour la science, progrès pour l'homme ?
(extraits)
 |
|
Photo
Brigitte Eymann
|
"
Changements de la science, progrès pour l'homme,
point d'interrogation ? Faut-il qu'il y ait un grave
problème, pour que le titre de mon intervention doive inclure
un point d'interrogation, une ponctuation que je qualifierais
de politiquement correcte, de bien pensante !
Eh bien c'est un souci pour moi que cette interrogation !
L'homme domine le monde vivant, grâce à la science. Celle-ci
progresse sans nul doute, mais soudain une question surgit
: ses changements contemporains seraient-ils devenus contre-productifs ?
Comment cette science, qui ne cesse de mieux connaître la
matière et la fait fonctionner à l'échelle nanométrique (le
milliardième de mètre), met depuis quelques années les hommes
de toute la terre en communication instantanée, sans fil et
sans frontière, décrit le squelette génétique à la base de
la vie des individus normaux et malades, permet de contrôler
notre reproduction et de visualiser notre fonctionnement cérébral,
comment cette science en progrès comme jamais, si spécifique
de notre espèce, peut-elle être mise en examen au tribunal
du progrès humain ? Faut-il que l'humanité soit devenue
hypocondriaque pour douter à ce point de sa santé collective !
Le sentiment de progrès est un sentiment de confiance ;
aujourd'hui le doute a remplacé la confiance.
"
"...On pourrait aujourd'hui avoir la tentation de s'en
tenir aux acquis d'une humanité qui dispose déjà de tant de
moyens pour mieux vivre, et choisir de mieux les partager.
Je comprends ce sentiment, cette intuition qu'il faudrait
marquer une pause.
Mais il ne faut pas compter sur un palier de l'évolution scientifique,
sur un moratoire du changement : c'est une hypothèse totalement
irréaliste - et bien des conservateurs tranquilles vont le
regretter. L'homme invente, veut savoir toujours plus, que
cela touche le climat sur notre terre et son évolution, les
planètes alentour, ou les possibilités de vie prolongée en
bonne santé et pleine lucidité. C'est irrépressible. Aux hommes
et aux femmes, à leurs représentants, à leurs civilisations,
d'en faire des bonheurs, d'accompagner ces percées, et d'inventer
les règles de vie qui en feront des progrès pour le genre
humain."
Pour accéder
au texte du discours intégral (format pdf)
(format rtf)
 
Claude Nicolet : Anacyclose,
« progrès de l'esprit », « fin
de l'histoire » ? (extraits)
 |
|
Photo
Brigitte Eymann
|
"
Les Grecs appelaient " anacyclose "
le retour cyclique des différentes sphères célestes dans leur
exacte position initiale. Le mot, assez rare, appartient donc
au vocabulaire de l'astronomie et de l'astrologie, d'ailleurs
confondues chez les Anciens. Je n'aurais aucun titre pour
vous en entretenir si on ne le trouvait aussi une fois, chez
l'historien Polybe (IIe siècle
avant J.-C.), appliqué au destin des " politeiai ",
c'est-à-dire à la fois des cités (ou des empires), et de leurs
" constitutions ". C'est donc dans l'Antiquité grecque
que nous rencontrons pour la première fois une tentative pour
rendre compte des changements, intervenus au cours de l'histoire,
des progrès (ou des reculs) qu'ils ont engendrés, et, du coup,
de la fin (au double sens du mot) qu'on peut leur prédire.
Me limitant à l'aspect politique de ces conceptions, j'en
citerai deux prolongements postérieurs : l'élaboration de
l'idée de Progrès à l'époque des Lumières et de la Révolution
française ; et d'autre part l'apparition récurrente d'une
théorie apparemment contradictoire : celle de la fin,
je veux dire d'un arrêt de l'histoire..."
"...Écoutons Thierry, dans la préface à son Histoire
du Tiers État : " C'est à ce point de
vue, qui m'était donné par le cours même des choses, que je
me plaçai dans mon ouvrage, m'attachant à ce qui semblait
être la voie tracée vers l'avenir, et croyant avoir sous mes
yeux la fin providentielle du travail des siècles écoulés
depuis le douzième ". Bien entendu, il n'est pas ici
question d'hégémonie mondiale. Mais la conjuration définitive
des révolutions et des guerres européennes en serait un équivalent
bénéfique. Ce rêve fut balayé, pour Guizot et Thierry, en
1848. L'histoire de France continuait, toujours aussi dramatique.
La fin de l'histoire ne se produisait pas. Tout au plus faisait-elle
place à une autre histoire. "
Pour accéder
au texte du discours intégral (format pdf)
(format rtf)
 
Jean François Deniau :
La tentation des mots (extraits)
 |
|
Photo
Brigitte Eymann
|
"
Il faut aimer les mots, et en même temps s'en
méfier. Personnes vivantes, ils ont les qualités et les défauts
des humains. Certains ont une franchise naturelle alors que
d'autres jouent à égarer par leurs multiples sens. Certains,
avec l'âge, perdent tant de leur force qu'ils se dénaturent
et n'ont plus la même signification. La gêne n'est plus la
gehenne. On connaît amour, délice et orgue qui en passant
du singulier au pluriel, changent de sexe. D'autres, toujours
en passant du singulier au pluriel, se dégradent considérablement.
Les honneurs, c'est moins haut et fort que l'Honneur. Les
devoirs que le Devoir. La Valeur se décore, les valeurs se
cotent en bourse. L'Espérance est une vertu, les espérances
appartiennent au langage des notaires. Comment faire confiance
aux mots ?
En choisissant comme thème général de réflexion pour cette
rentrée solennelle " changement et progrès ", les
cinq Académies qui composent l'Institut ont ouvert un débat
fondamental. Les hommes inventent les mots. Les mots conduisent
les hommes. Quels sont les vrais chemins de notre vie ?
"
"... Aussi s'est imposée peu à peu l'idée que le progrès
exige le changement, et que le changement est déjà un progrès.
Héritage du Siècle des lumières ? Bien plus du XIXe
siècle et des foudroyants progrès des techniques humaines.
Aujourd'hui, la conquête de l'espace est banalisée et aller
dans la lune paraît à peine un exploit. La chirurgie - et
la médecine - ont fait de tels progrès que j'ai pu, en dix
ans, en sentir personnellement les bienfaits extraordinaires.
Certes, d'autres maux apparaissent qui remplacent les anciens,
toujours tapis dans l'ombre. Mais la durée de la vie augmente,
la population croît. Le monde de la santé a changé, et changé
en mieux. Progrès."
Pour accéder
au texte du discours intégral (format pdf)
(format
rtf)
|