Missions et patrimoine de l'InstitutL’Institut de France occupe une place tout à fait originale parmi les institutions françaises, tant par son histoire que par sa composition, ses activités et ses buts actuels. Il a ainsi servi de modèle de référence à l’étranger, en tant qu’institution marquée par la pluridisciplinarité et le mécénat. « Parlement du monde savant », parlement des savoirs, l’Institut a pour vocation première de réunir et de faire travailler ensemble les élites scientifiques, littéraires et artistiques de la nation. Son rôle actuel est en cela parfaitement conforme à sa mission d’origine : « recueillir les découvertes, perfectionner les arts et les sciences » (Constitution de l’an III, article 298), dans une perspective encyclopédique. Lieu de synthèse et de réflexion indépendante, ouvert aux horizons de la recherche comme aux problèmes de son temps, l’Institut est aussi, à bien des égards, un conseil des pouvoirs publics. Ceux-ci le consultent, lui adressent des demandes de rapports ou d’avis et lui soumettent des textes officiels. Chaque Académie a en outre un rôle qui lui est propre, dans son domaine de compétence : l’Académie française se préoccupe de l’état de la langue française et de la défense de la francophonie ; l’Académie des inscriptions et belles-lettres étudie l’antiquité classique, l’orientalisme, le Moyen Âge et la Renaissance ; l’Académie des sciences développe son action et sa réflexion dans le champ des sciences mathématiques, physiques, chimiques, naturelles, biologiques et médicales. L’Académie des beaux-arts se charge d’examiner et de promouvoir les différentes disciplines artistiques, ayant récemment fait place, parmi celles-ci, au cinéma et à l’audiovisuel. L’Académie des sciences morales et politiques aborde les grandes questions relatives à la société, à travers l’ensemble des sciences humaines, juridiques et économiques. Une autre singularité de l’Institut et des Académies réside dans le mécénat qu’ils organisent, par l’intermédiaire de fondations abritées, et auquel ils s’associent. Ce faisant, ils contribuent à encourager la création et la recherche, prolongeant ainsi leur première mission, le perfectionnement des arts et des sciences selon le principe de pluridisciplinarité. Ce rôle de mécène s’est imposé au fil des ans.
Suivant l’exemple du duc d’Aumale, mécène historique de l’Institut de France, de nombreuses personnes privées ont, directement ou au travers de la création d’une fondation, légué à l’Institut ou à l’une des Académies tout ou partie de leur patrimoine, les chargeant de l’utiliser à des fins sociales, morales ou scientifiques. Aujourd’hui, cette activité de mécénat représente une part importante du travail des académiciens qui s’associent avec les fondations ou en leur sein, à l’expertise des projets et aux procédures de sélection des lauréats. Les fondations abritées à l’Institut ou auprès des Académies s’inscrivent dans une même logique de générosité mais illustrent des préoccupations très diverses, allant de la valorisation d’un patrimoine hors du commun – les fondations musées – à l’encouragement des projets innovants ou de personnes éminentes, méritantes ou dans le besoin. Fruit d’une époque – fin XIXe / début XXe – où la sauvegarde du patrimoine historique n’a pas encore été pleinement prise en compte par l’État, les fondations musées permettent la conservation, la mise en valeur et l’accueil du public de plusieurs châteaux, propriétés et musées : à côté du Palais de l’Institut (Palais national), quai Conti à Paris, et ses bibliothèques, on compte le domaine de Chantilly et le domaine de Chaalis dans l’Oise, l’hôtel parisien d’Adolphe Thiers, le château de Langeais, le musée Jacquemart-André à Paris, la villa Kérylos à Beaulieu-sur-mer, la villa Éphrussi de Rothschild à Saint-Jean-Cap-Ferrat, le manoir de Kerazan en Bretagne, le château de Castries près de Montpellier, le musée et la bibliothèque Marmottan à Paris, la maison de Pasteur à Arbois dans le Jura, celle de Monet à Giverny en Normandie et le château-observatoire d’Abbadia, sur la côte basque. L’ensemble représente un patrimoine exceptionnel de grande valeur architecturale et culturelle.
Les fondations non associées à des charges immobilières sont d’une autre nature : elles disposent de revenus qui fournissent les ressources nécessaires à l’accomplissement de leurs missions. Si certains mécènes préfèrent remettre des prix à des personnes qu’ils jugent particulièrement méritantes, d’autres privilégient le financement de projets ou l’attribution de bourses, en particulier dans le domaine de la recherche scientifique. En 2006, près d’un millier de prix et subventions ont été décernés pour un total de près de 12 millions d’euros ; l’importance de certaines fondations permet d’attribuer des prix ou subventions pouvant aller jusqu’à 750 000 euros pour un même projet. À l’initiative d’entreprises comme de particuliers, ces actions de mécénat significatives s’inscrivent dans des domaines aussi divers que l’humanitaire, l’éducatif, le scientifique, le culturel et l’environnemental tant en France qu’à l’étranger. Les mécènes trouvent auprès des académiciens une capacité d’expertise intellectuelle exceptionnelle et, avec l’Institut et les Académies, un gage de pérennité et l’assurance d’une gestion indépendante et rigoureuse que leur statut, unique en France, leur confère.
Telle est, en définitive, la singularité profonde de l’Institut : une institution où « tous les efforts de l’esprit humain sont liés en un faisceau » (Ernest Renan), un lieu d’échanges entre les plus grands savants de la République, les pouvoirs publics, des mécènes – entreprises ou particuliers – et des hommes qui, connus ou anonymes, concourent au bien commun. |
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